
Collection Littéraire

52 pages
Couverture souple,
reliure brochée
Format : 5.5 po x 8.5 po
ISBN 978-2-923416-00-7
Prix : 5,20 $
CAN
NON DISPONIBLE EN LIBRAIRIE
# Item :
1-000013
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VOIX
Benoît
Deville (Auteur Français)
L'Ombre
cherche à se débarrasser du Corps. Elle ne
supporte plus
de le suivre partout dans tous ses déplacements. Que ce soit
un
enfant, une femme ou un homme. Elle veut sa liberté. Elle va
inciter donc la destruction du Corps. Au bout du compte, elle fera le
constat, épouvantable, qu'elle ne peut être
séparée car sa condition est, uniquement,
d'être la
partie cachée du visible.
I
Par les terrains
vagues, il existe d’autres courants. D’autres
leurres qui permettent à l’humain
d’avancer. Et je crois que, par le plus tréfonds
de ces entrailles qui se déroulent en moi, j’ai,
toujours, su que je n’étais qu’une
ombre. Ombre qui se permettait de suivre un corps. Mais à
qui est-ce physique ? Pour quelle raison, m’attachais-je,
sournoisement, insidieusement, à cette carcasse ?
J’ai beau penser que l’Univers n’est pas
un tout, il me reste, encore, ce satané doute :
être au milieu du Rien ! Narcissisme classique d’un
être humain ! Il me reste à regretter des tas de
choses : non faites, non dites… Pourtant, la
Mémoire restitue l’Ancien. J’ai beau me
dire que j‘existe, cependant, il me reste comme un air connu
et incessant : ces cris d’Angoisse coincés au fond
d’une gorge asséchée et
creusée par l’antique torrent. Relents incertains,
vagues souvenirs de vomis laissés sur le sol de
Mère Courage. J’ai beau penser que j’ai
été, quelque part, important pour
quelqu’un. Je ne suis rien, pourtant. Malgré cette
sombre et idiote certitude que je ne suis que de passage, il me reste
cette question : pour Qui vis-je ? Pour quelle raison, des notes me
reviennent-elles comme une litanie ? Quelle grâce peut-elle
se permettre cet assaut régulier ? Qui es-tu, toi, la femme,
l’enfant ou l’homme que je poursuis ? Tu as
l’apparence masculine et tu frimes. Tu as des coups de
théâtre hystériques et des effets de
manches d’une actrice sur le déclin. Tu as le
pouvoir de séduire des femmes plus
âgées parce que tu te ressens encore petit.
Être de vicissitudes et plein de rancœur aigrie. Ta
peau est jeune. Ta chair est fripée. Tu es content parce que
tu pleures. Tu ris parce que tu es triste. Tu ressens l’acte
de chair comme une dernière volonté et comme un
premier hommage. L’hommage au pied de la déesse ou
du dieu. Masque de tombe, tu es blanc, jaune, noir ou rouge. As-tu un
cœur ? Oui, sinon comment vivre ? Comment respirer ces
miasmes mesquins ? Ô, quelles sont ces notes gracieuses qui
volent vers moi ? Pourquoi ne puis-je me permettre de me
séparer de ce véhicule qui n’est pas
mien ? Quel est ce fil qui m’empêche
d’aller au gré de ma volonté ? Qui
es-tu, Corps, pour t’autoriser à ne pas me laisser
vaquer à mes propres occupations ? Ne suis-je rien, pour
toi, que le reflet - mensonger ? - de tes propres défauts ?
J’ai tant ri quand tu es tombé. J’ai
tant pleuré quand tu as ri. Je t’ai pourtant
souffert quand tu dormais de ton sommeil idiot. Tu jouis et, assis sur
le fauteuil, je contemple ta béatitude quand moi, je ne
connais que la prison. Femme aux seins lourds que tu mordais.
Pénis érigé comme ta fierté
de sale con lorsque celle qui te prenait ne t’apportait
qu’un fragment d’ins-tant. Il te fallait respirer
lorsque, dans ton lit d’enfant, tu cachais ton visa-ge
à la nuit étoilée. Qui es-tu, Corps,
pour te permettre de m’enchaîner ? Un
personnage important. Une vénération
dévoilée par le linge blanc au monde
ébahi. Quelles sont ces notes de ce chant si mélodieux
? Tu n’es rien et je suis tout ! Malheureusement, je ne peux
me détacher de toi, carcasse
déchaînée par tes immondes
possibilités de trahison. Tu t’assieds quand je
reste debout mais… Je choisis de m’asseoir,
également. Les feuilles des arbres tombent et tu les
regarde, nostalgique. Tu cours quand je marche. Mais je
préfère plastronner avec toi, après
ton leurre. Tu dors quand je veux écouter le bruit des
bran-ches lorsque le vent s’amuse à les chevaucher
mais je souhaite m’allonger à tes pieds comme ton
chien. Il y a toujours cette musique qui me cherche.
L’entends-tu ? Non, évidemment ! Tu ne peux pas.
Tu ne vois que par tes yeux, tu n’écoutes que par
tes oreilles, tu ne respires que par ce moteur qui s’appelle
Cœur. Tu n’es rien et je suis,
décidément, tout. Hélas, tu crois en
une divinité supérieure alors que nous ne sommes
qu’unité. Tu berces ta solitude alors que je
n’ai besoin que de te fuir. Et ta haine se meut au son du
tambour et des bottes sur le pavé mouillé. Qui
es-tu pour oser cela ? Tu ne vois pas que tu es dans une cage et que
m’obliger à te tenir compagnie n’est
qu’une imposture de plus qui ne te rassure pas davantage.
Aide les rouages encéphaliques à te rappeler que
tu peux vivre sans moi. Oublie les démons ancestraux et
casse ces chaînes qui t’empêchent
d’évoluer. Commence donc par me libérer
! Tu te sentiras mieux et moi, je pourrai voguer à mon aise.
Libère-moi ! Stupide nécessité !
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